D'aucun diront que la Saint-Valentin est la fête instituée dans le but d'aider à se maintenir les couples qui ont su survivre au-delà de la difficile période des fêtes et par deçà la froideur de l'hiver. Dans tous les cas, la Saint-Valentin, quoique très commercialisée, demeure aujourd'hui la fête des amoureux. Mais d'où nous vient cette tradition, celle qui nous fait célébrer l'amour au plus froid de la froide saison?
Le prêtre San Valentinius
Quoi que l'on retrouverait, selon certains historiens, sept saints chrétiens différents du nom de Valentin tous célébrés le 14 février, dont Valentin évêque de Terni du côté de Rome en Ombrie décapité à Rome en 273 et Valentin évêque de Rhétie au Ve siècle, l'histoire de l'un d'entre eux, pourtant, est particulière. La légende raconte en effet qu'au IIIe siècle, Rome, sous le règne de l'empereur Claude II le Gothique, aussi dit le Cruel, était engagée dans de sanglantes guerres pour lesquelles il avait le plus grand mal à recruter des soldats. Afin de contrecarrer les difficultés posées par les liens familiaux, qui rendaient les soldats moins prompts au combat et plus enclins à déserter les légions, il fit abolir le mariage.
Cependant, un prête du nom de Valentin (Valentinius) transgressa cette nouvelle loi et continua à unir secrètement les jeunes couples désireux de se marier. Il fut donc arrêté et emprisonné pour trahison. On raconte que durant sa réclusion, on lui passait nombres de messages et même des fleurs à travers les barreaux de sa cellule. Il se serait aussi lié d'amitié avec la fille de son geôlier, une jeune aveugle du nom de Julia. L'un des miracles attribué à Saint Valentin serait de lui avoir redonné la vue par la prière. Peu de temps après, Valentin fut condamné à mort, décapité sur la
Via Flamina un 14 février en 268, 269 ou 270 selon les versions. Avant de mourir, Valentin aurait écrit une lettre à Julia qu'il signa « de votre Valentin ». C'est le pape Gélase 1er (492-496) qui, plusieurs siècles plus tard, à l'époque où l'Église Catholique menait une vaste campagne de transformation des fêtes païennes en fête chrétiennes, aurait le premier décrété le 14 février la journée consacrée au prêtre Valentin, canonisé après sa mort. Un autre prêtre canonisé du nom de Valentin aurait été martyrisé par le successeur de Claude II, l'empereur Aurélien au IIIe siècle, et quoiqu'il lui soit attribué quelques miracles, rien n'atteste d'une quelconque corrélation entre celui-ci et la fête des Amoureux. Saint Valentin, quoi qu'on ne puisse pas, en définitive, déterminer duquel (ou des quels) il s'agit, devint le saint patron des Amoureux.
Les Lupercales
Quoi qu'il en soit, on pense que cette fête aurait été, comme de nombreuses autres, récupérée suite à l'avènement du christianisme et tiendrait son origine des Lupercales (
Lupercalia, du latin
lupus, qui signifie loup), qui étaient les fêtes romaines marquant l'arrivée du printemps dans la Rome antique. Les Lupercales étaient célébrées à la mi-février. On rendait alors un culte à la Louve ayant allaité Romulus et Rémus, les fils jumeaux de la déesse Rhéa et du dieu Mars dans la grotte de la Lupercale au flanc du Mont Palatin. La mythologie romaine raconte que Romulus et Rémus auraient été abandonnés dans un panier sur le fleuve et seraient devenus les fondateurs de Rome.
Lors des Lupercales, on rendait aussi hommage au dieu Lupercus, également appelé Faunus, dieu de la nature, protecteur des troupeaux, des bergers et des champs, et l'on célébrait la moisson, la fertilité et la fécondité.
Ces cultes se déroulaient en plusieurs parties. L'on procédait d'abord au sacrifice d'un bouc et de chèvres. S'ensuivaient les courses des Luperques, au cours desquelles des hommes à demi nus, vêtus seulement des peaux des chèvres sacrifiées faisaient le tour du Mont Palatin dans un rite de purification, puis pénétraient dans la ville et fouettaient les spectateurs avec des lanières du bouc fraîchement égorgé. Les femmes s'offraient tout spécialement à ces coups, car il s'agissait d'un rite de fécondité dont elles espéraient une grossesse heureuse et un accouchement sans douleur. Et avant le banquet avait finalement lieu une loterie de l'amour dédiée à Junon, protectrice des femmes et déesse du mariage. Dans le but de former des couples qui tomberaient amoureux, des jeunes filles et des jeunes garçons étaient jumelés par tirage au sort.
Quand à Cupidon, qui est représenté sous la forme d'un enfant ailé et dodu armé d'un arc et d'un carquois, il était le dieu de l'Amour et le fils de Vénus, elle-même déesse de la Beauté. Selon la mythologie, ses flèches d'or trempées dans un filtre d'amour faisaient naître la passion chez les humains, mais ses flèches en roseau plombé à la pointe émoussée la chassaient. Espiègle et malicieux, l'on s'attendait de lui qu'il sévisse surtout lors des festivités des Lupercales.
On peut croire que c'est dans le but de contrer ces festivités païennes qui n'étaient pas pour plaire à l'Église que fut instituée la Saint-Valentin, ainsi devenue la fête des Amoureux. Mais il ne s'agit là que d'une légende puisque la pratique des Lupercales n'est citée dans aucune source écrite de cette époque. À ce que l'on dit pourtant, les Lupercales fut l'un des derniers rites païens à disparaître de la Rome devenue chrétienne. Aussi, plusieurs papes tentèrent en vain de mettre fin à cette tradition, mais ce n'est qu'en 495 que le Pape Gélase Ier en obtint l'abolition et l'on célébra la Saint-Valentin pour la première fois par décret vers l'an 498.
Les valentines
La tradition de signifier son amour à quelqu'un par le biais d'une valentine, soit un message d'amour, refit d'abord son apparition chez les aristocrates en Grande-Bretagne au Moyen Âge. Cette tradition est évoquée par le poète John Gower dans ses balades au XIVe siècle mais dut attendre les vers de Geoffrey Chaucer en 1381 pour se voir attestée par la société de l'époque. Le valentinage consistait en l'association d'un jeune homme et d'une jeune femme par tirage au sort ou par hasard, soit quelqu'un que l'on rencontrait ce jour-là. Le couple constituait alors des « amoureux » qui se retrouvaient liés durant une journée, ou durant l'année selon les régions, par diverses obligations.
Par ailleurs, on croyait à cette époque que le 14 février était la date à laquelle certains oiseaux tels que la perdrix, la grive et le merle commençaient à s'accoupler, comme en feraient mention dans leur œuvres Shakespeare et Geoffrey Chaucer. Certains historiens croient que c'est de cette époque que seraient nées plusieurs autres légendes romantiques dont celles sur le prêtre Saint Valentin, l'abolition du mariage et des unions secrètes ainsi que le billet donné à Julia où il aurait été signé « de votre Valentin ».
Le valentinage fut introduit par Othon de Grandson à la cours de Savoie mais ne connu un réel succès en France qu'à la suite de son introduction par le poète Charles d'Orléans. Charles d'Orléans fut fait prisonnier de guerre par les Anglais lors de la bataille d'Azincourt en 1415. Au terme de ses 25 années de captivité, durant lesquelles on raconte qu'il aurait écrit nombre lettres et de vers à Marie de Clève qu'il maria à son retour, il introduisit la romantique tradition anglaise à la cours de France. C'est en effet de Charles d'Orléans que viendrait la tradition d'envoyer des vers à sa bien-aimée le jour de la Saint-Valentin.
Ce n'est cependant qu'en 1496 que Saint Valentin devint officiellement le patron des amoureux.
Au XIXe siècle, les valentines étaient devenues la façon la plus répandue de déclarer son amour. Vers 1840, les valentines de style victorien firent leur apparition. À l'instar de la mode de l'époque de la reine Victoria, les valentines se retrouvèrent truffées de fioritures en tout genre : décorées de dentelle, de soie, de satin, de fleurs, elles étaient parfois même parfumées.
En 1848, un papetier américain du nom de Howland importa d'Angleterre de ces fameuses valentines. Elles attirèrent immédiatement l'attention de son épouse et celle-ci lança une gamme de valentines qui connurent une franc succès auprès des Américains. La mode se répandit assez vite.
C'est vers la fin du XIXe siècle que les valentines se commercialisèrent de façon industrielle sous la forme des cartes que nous connaissons aujourd'hui. L'industrie se développa surtout aux États-Unis, en Allemagne et en Angleterre mais conquis l'Europe après la Seconde Guerre mondiale.
Cependant, la Saint-Valentin fut retirée en 1969 du calendrier officiel de l'Église catholique dans un souci d'épuration.
Alors que nous reste-il donc de la Saint-Valentin? Il est encore possible de faire fi de l'hyper commercialisation de cette fête et n'y voir qu'une belle occasion de rappeler à nos proches que nous les aimons, que ce soit tout simplement en mots, en cartes, en fleurs ou autrement!